XENO-ARCHEOTHEQUE

 

Base de données multiverselles

 

Dans cette zone de l'espace-temps sont référencés les échos de quelques productions science-fictionnaires pouvant servir d'inspiration à des univers de jeu.

 

Codex synthétique
Acquisition des données
Prix HUGO

 

© GIMENEZ

Les Prix HUGO


Compte-rendu de psychoproductions empathiques du Multivers

Secteur SOL-3

Interception, accumulation et interprétation des données

par le Bioprocesseur Julius Burokratikus Maximus

Le prix Hugo tient son nom d'Hugo Gernsback (1884-1967), grand critique d'ouvrages de science-fiction. Bien qu'il ne fut pas un écrivain de grand talent, il apporta beaucoup au genre grâce à la revue Amazing Stories, dont il était le rédacteur en chef. En son honneur sont décernés chaque année depuis 1953 des prix Hugo, récompensant diverses catégories littéraires, dont la plus prestigieuse est sans conteste celle du roman. Les oeuvres primées sont souvent des chef-d'œuvres, des repères éclairants lorsque l'on s'intéresse à la science-fiction et à son évolution depuis 1950.


1953
L'Homme démoli
Alfred BESTER

Synopsis : à une époque où les policiers sont télépathes, il est bien difficile d'assassiner son ennemi. Pourtant, Ben Reich, le richissime patron de la Monarch's, a bien l'intention de disposer de son adversaire mortel. Un duel haletant s'engage entre lui et le préfet de police Powell, mais Reich a-t-il vraiment bien choisi ses ennemis ? N'est-il pas lui même, en fin de compte, qu'une victime de l'Homme sans visage ?

Analyse : malgré son âge, ce roman n'a rien perdu de son intérêt. Les personnages autours desquels se déroulent l'histoire sont charismatiques et crédibles, Bester parvient à leur donner une épaisseur psychologique intéressante. Le préfet de police Powell a un côté ambiguë de bon aloi, à quoi répond le charisme véritablement animal de Ben Reich, et son intelligence qui en font un criminel qu'il est difficile de vraiment haïr. Le thème de la télépathie est traitée avec finesse. Les télépathes sont organisés en guilde qui les surveillent et les maintient dans le droit chemin. L'histoire en elle-même est une véritable enquête qui tient le lecteur en haleine jusqu'au dénouement final qui est très satisfaisant. Une dimension psychanalytique achève de faire de cet ouvrage non seulement le premier des prix Hugo, mais aussi un des plus grands et des plus subtils ouvrages de science-fiction jamais écrit.


1955
The Forever Machine
Mark CLIFTON et Franck RILEY

Synopsis : Joe Carter est le seul télépathe apparu sur notre planète. Rejeté par les "normaux", isolé parmi des êtres aveugles et bornés, Joe accepte néanmoins d'aider le professeur Billings à construire LA machine, Bossy, qui permettra à l'humanité de franchir une nouvelle étape. Pour lui, nul doute n'est possible, Bossy pourra donner à l'humanité le don de la télépathie. C'est compter sans la multitude des égoïsmes, qui comptent bien s'emparer de la machine intelligente. Mais Joe pourra compter sur l'aide de Mabel et Carney, parias de la société, et sur celle considérable d'Howard Kennedy, capitaine d'industrie qui lutte contre la décadence ambiante.

Analyse : une oeuvre qui est la quintessence de la SF, distrayante mais surtout spéculative, qui amène le lecteur à se poser des questions à la fois sur le futur, l'éthique des sciences, la psychologie humaine... Toute une réflexion intense qui amène une remise en cause de ce en quoi l'homme croit vraiment. Un des plus grands livres de SF jamais écrit. Paru initialement sous le titre "They'd rather be right", il n'a jamais été traduit en français.


1956
Double étoile
Robert HEINLEIN

Synopsis : les mésaventures de Lorenzo l'acteur devant remplacer John Joseph Bonforte, l'homme le plus puissant du système solaire, victime de la vindicte de ses ennemis. Mais ce qui ne semblait qu'un jeu pour Lorenzo devient très vite un parcours d'obstacles et l'artiste insouciant comprendra que les idéaux valent parfois de biens lourds sacrifices.

Analyse : si on doit comparer cet ouvrage avec les deux premiers prix Hugo, on constate que la réflexion sur la société et l'homme cède la place à l'action et au dépaysement. Il ne faut pas chercher dans Double étoile une philosophie élaborée, mais plutôt l'évasion pure et simple. L'action est dense, on passe de la Terre à la Lune, puis sur Mars en quelques pages, alors que le héros est poursuivi par de mystérieux martiens, croisement entre des arbres et des méduses. Un message est quand même présent, il est profondément humaniste. John Joseph Bonforte, un véritable Churchill du futur et son remplaçant Lorenzon sont porteurs d'une doctrine certes brouillonne mais généreuse et universelle. En conclusion, un livre durant lequel on ne s'ennuie pas une seconde mais manifestement un cran en dessous de ses deux prédécesseurs.


1958
Le grand jeu du temps
Fritz LEIBER

Synopsis : deux clans mystérieux, les Serpents et les Araignées, se livrent une guerre sans merci à travers le temps. Tout les moyens leur sont bons et ils n'hésitent pas une seconde à user (et abuser) de leur capacité à remonter dans le temps afin de modifier l'histoire de notre planète selon leurs besoins : les Nazis ont gagné la guerre, Rome s'est faite écrasée avant même d'avoir atteint son apogée... Mais ces clans ont besoin d'agents de terrain et ressuscitent des hommes et des femmes de toutes les époques afin de les utiliser. L'histoire se déroule dans une station située hors du temps dans laquelle viennent se reposer les soldats du temps. Mais ce qui devait être une fête pour ces individus égarés dans le temps et dans l'espace ce transforme très vite en cauchemar.

Analyse : si le postulat de départ est intriguant voire passionnant, une guerre livrée sur tous les fronts et à toutes les époques, le résultat est relativement décevant. Le cadre dans lequel se déroule l'histoire, ce cube flottant dans un "non-espace", à la frontière de l'espace et du temps, est dur à appréhender. On a donc du mal à plonger dans l'histoire et à s'identifier aux personnages. L'histoire en elle-même n'est pas passionnante et la conclusion tombe à plat. C'est un ouvrage décevant, très en deçà des prix Hugo des années précédentes.


1959
Un cas de conscience
James BLISH

Synopsis : pour le père jésuite Ruiz-Sanchez, envoyé avec trois collègues scientifiques afin d'évaluer cette planète nouvellement découverte, Lithia, il ne fait aucun doute qu'il a découvert l'Eden. Le monde est paradisiaque, les habitants, des lézards humanoïdes mesurant près de trois mètre cinquante de haut, se comportent tels Adam et Eve. Tout est parfait sur cette planète, trop même au goût de Ruiz-Sanchez. Une telle perfection ne peut qu'être l'oeuvre du Malin afin de tenter les humains et de démontrer une fois pour toute que Dieu est inutile.

Analyse : Un cas de conscience est un livre tout en finesse. Les interrogations religieuses et dogmatiques sont intelligemment amenées et passionnantes. L'utilisation du thème religieux en fait un ouvrage d'exception, même pour les athées, intellectuellement très attirant. Autre point fort, la description du système social et politique de la Terre après une terrible course aux abris anti-atomiques. L'humanité s'est enterrée sous des milliards de tonnes de béton, oubliant qu'il était possible de vivre normalement en surface. Malgré l'absence de guerre nucléaire, la pesanteur sociale empêche un retour à la surface. Mais la population en souffre et des dizaines de millions d'individus souffrent de troubles mentaux graves, mettant en péril l'existence même de la civilisation.


1960
Etoiles, garde-à-vous!
Rober HEINLEIN

Synopsis : Heinlein nous livre une tranche de vie d'un fantassin du futur, Juan Rico, engagé volontaire dans la guerre contre les Arachnides. De son engagement à ses combats en armure futuriste, en passant par son entraînement intensif, le lecteur accompagne Rico lors de son parcours initiatique dans l'armée.

Critique : difficile d'avoir un avis tranché sur ce livre. D'un côté, nous avons un très bon livre, extrêmement divertissant, destiné initialement aux adolescents. De l'autre, une morale un peu trouble, vaguement réactionnaire mais en fait sans véritable contenu. De part ce fait, ce livre a souvent été rejeté sommairement par les critiques français. Mais Heinlein ne peut être si rapidement jugé, il l'a montré avec d'autres ouvrages tels que En terre étrangère. Au final, il faut lire Etoiles, garde-à-vous tel qu'Heinlein l'a écrit, un livre d'évasion sans prétention. Dans cette optique, on passe un très bon moment.


1961
Un cantique pour Leibowitz
Walter MILLER

Synopsis : après une terrible guerre atomique, à une époque où la civilisation est rentrée dans un nouveau Moyen-Âge, les moines de l'ordre de Leibowitz essaient de sauver des bribes de connaissance de la folie des humains. Grâce à leur patient travail, la civilisation renaîtra de ses cendres mais le destin des hommes est inéluctable. Lucifer redescendra sur Terre pour punir les inconscients et les fous.

Critique :un livre fondamentalement pessimiste sur la nature humaine et sur le caractère inéluctable du déchaînement des pulsions dévastatrices de l'homme, incapable d'apprendre de ses erreurs. Une fable étourdissante. C'est une des oeuvres les plus réussies de la science-fiction, devenu un véritable classique.


1962
En terre étrangère
Robert HEINLEIN

Synopsis : né sur Mars, Valentine Michaël Smith est retrouvé par une expédition de secours venue de la Terre ; tous les membres de l'expédition ont péri et Valentine a été recueilli et élevé par les Martiens, ces curieux êtres qui peuplent la planète rouge. Smith est ramené sur Terre mais il rencontre les pires difficultés afin de s'intégrer à notre société. Son apparence est humaine mais son esprit est martien. Protégé par un écrivain célèbre et pittoresque, Jubal Harshaw, Smith réussira enfin à comprendre la place qu'il occupera sur la Terre, celle du nouveau Messie, rien de moins...

Analyse : l'atmosphère de ce livre est étrange, surtout de la part de l'auteur d'Etoiles, garde à vous!. Valentine Michaël Smith est une figure surhumaine, attachante, un agneau qui prêche l'amour libre, l'anarchie et la fraternité entre les hommes. Il n'a pas hérité des tabous de notre société et peut ainsi, en tant que Martien, en voir clairement les défauts et les aberrations. Au fur et à mesure de son parcours initiatique, il appréhende notre culture, il l'a "gnoque", terme martien intraduisible, et construit une société humaine idéale, où la jalousie, l'envie, l'égoïsme seraient absents. On obtient un modèle qui a fait de cette œuvre un livre culte pour la génération des contestataires des années 60. L'autre grande figure est l'écrivain libertaire Jubal Harshaw, que certains estiment être l'alter ego de Heinlein lui-même.
Le résultat est troublant, mais très intéressant. On accompagne Smith toute au long de son évolution jusqu'à devenir une figure du Christ. A lire absolument, surtout si l'on croyait qu'Heinlein n'était qu'un "affreux réactionnaire".


1963
Le Maître du Haut Château.
Philip K. DICK

Synopsis : Hawthorne Abendsen, auteur de SF, imagine une histoire parallèle qui verrait la victoire des Alliés en 1945. Malheureusement, la vérité est bien plus sombre. Le Reich a remporté la guerre en 1947 et les Etats-Unis ont été démantelés au profit de l'Allemagne à l'est et du Japon à l'ouest... La vie a repris un semblant de cours normal et les Japonais ont amené avec leurs armées l'utilisation du Yi King, le livre des transformations, qui occupe une place fondamentale dans leur mentalité. Au milieu de ces ténèbres, l'œuvre subversive d'Abendsen est comme une lueur d'espoir, bien faible...

Critique : le Maître du Haut Château est un exemple des plus célèbres d'uchronie, c'est-à-dire de cette spéculation sur une variation de l'histoire de l'humanité. Que se serait-il passé si les Nazis avaient gagné la guerre ? Dick pousse même l'idée un peu plus loin en introduisant l'oeuvre uchronique d'Abendsend qui est en fait la réalité... Malheureusement, le fil du récit est décousu, la chute est inexistante. Cela s'explique par le procédé utilisé par Dick afin d'écrire ce roman : il a utilisé le Yi King, qui devait construire tout le récit. Mais ce procédé rend le livre vraiment confus. Dick l'a d'ailleurs regretté a-posteriori, en déconseillant l'usage de cet oracle "à la langue fourchue"...

1964
Au carrefour des étoiles.
Clifford D. SIMAK

Synopsis : Enoch Wallace a survécu à la boucherie de la guerre de sécession. Est-ce de la chance ? Peut-être… Néanmoins, en ce milieu du 20ème siècle, le fait qu'il soit encore vivant ne passe plus inaperçu. Et pour cause ! Enoch a été engagé par des extra-terrestres afin de servir de gardien à leur nouvelle station de transit permettant le transfert des corps de planètes en planètes. Sa maison, extérieurement inchangée, a été transformée en relais ultramoderne à l'intérieur duquel Enoch est préservé des ravages du temps. Le monde l'ignore mais Claude Lewis, agent de la CIA, a des soupçons et surveille la station. Son ingérence aura des conséquences graves, pour la Terre, et même pour tout l'Univers…

Critique : Clifford Simak, à son habitude, mélange avec bonheur nostalgie et utopie. Par le biais d'Enoch, il nous présente des races qui ont mûri, ignorant le besoin de se faire la guerre. Le contraste est profond entre les hommes et ces espèces qui ont acquis une sagesse qui fait cruellement défaut aux Humains ! Finalement, les plus humains ne sont pas ceux qu'on croit… On reconnaît bien là un des thèmes favoris de Simak, ce pessimisme profond qu'il nourrit à l'égard de notre espèce. Il se dégage de ce livre une atmosphère bucolique et chaleureuse qui en font une excellente lecture. Sans doute la plus grande réussite de Simak.


1965
Le Vagabond
Fritz LEIBER

Synopsis : le Vagabond, cette planète or et violette, surgit un beau jour de nulle part et ose se mettre en orbite autour de notre Terre. Bien sûr, c'est la consternation ! Les marées sont augmentées par 80, les hommes meurent par dizaines de millions. Et le pire, c'est qu'elle semble abriter des êtres étranges, des humanoïdes félidés de surcroît, qui enlève des hommes dans de vastes soucoupes ! Est-ce la fin du monde ? Peut-être, mais en tout cas, l'humanité ne sera plus jamais la même…

Analyse : ce livre est intéressant à plusieurs points de vue. D'abord, la technique narrative est passionnante : Leiber présente dès le début de son livre des dizaines de personnages que nous allons suivre lors de leurs aventures et de leurs confrontations aux effets de la nouvelle planète. Cela permet à Leiber de décrire de façon très complète et réaliste les effets dévastateurs du Vagabond : raz de marée, tremblement de terre, incendies, inondations monstrueuses, flux et reflux gigantesques des marées… Mais il peut aussi montrer la diversité des réponses humaines face à ces périples. Certains, tels le Doc, se révéleront à la hauteur, d'autres seront dépassés, mais la plus grande partie subira les événements de façon passive. De plus, Leiber a le talent de faire de ces gens des êtres attachants, dont on se soucie.
L'autre point fort du livre, c'est la description de ces ET traqués, dévastant la Terre sans le vouloir, malheureux de ne rien pouvoir faire. Les humanoïdes félidés traduisent l'amour de Leiber pour les chats, qui les place tout en haut de l'échelle de l'évolution. La femme-chatte Tigrishka et son amour avec un homme resteront d'ailleurs comme un grand moment de la SF.
Le Vagabond est donc un ouvrage très bien construit, intelligent, qui se place dans la digne tradition de ces romans catastrophes portés à leur apogée par John Brunner.


1966
Dune
Frank HERBERT

Synopsis : Dune, Arrakis, planète des sables, source de l'Epice qui permet le voyage intergalactique. L'Empereur Padisha Shaddam IV a accordé à la famille Atréides le dominion sur Arrakis, mais les Harkonnen, leurs ennemis de toujours, n'ont pas renoncé. La guerre qui s'ensuivra sera marquée par le destin mystique de Paul Atréides, fils du Duc Leto et peut-être même le Kwisatz Haderach. La planète des Sables broie les hommes et ne laissera émerger triomphant que les Dieux.

Analyse : on ne peut résumer Dune en ces quelques lignes. C'est une œuvre tellement riche, bien construite, intelligente qu'il faut la lire, et même plusieurs fois, pour en saisir toute l'ampleur. Dune, c'est le roman planétaire dans sa forme la plus pure. L'univers fascinant de Dune-Arrakis s'étale devant nos yeux dans un ballet majestueux. L'auteur crée toute une société crédible, avec son propre vocabulaire, mais il le fait de la façon la plus naturelle possible.
Grandiose...


1966
Toi l'immortel
Roger ZELAZNY

Synopsis : la Terre, après la guerre des Trois Jours, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Rares sont les lieux qui ne sont pas radioactifs. Les survivants ont fui en masse afin de s'installer dans l'empire végan, des êtres pacifiques et sophistiqués à la peau bleue, amis ils oublient qu'ils sont hommes. Pourtant, certains demeurent sur notre planète, c'est le cas de Conrad Nomikos, cette force de la nature, hideux mais d'une intelligence extrême. Il fait même office de Conservateur des monuments historique. Mais Nomikos n'est pas un homme ordinaire, les radiations lui ont donné une sorte d'immortalité et il cache bien des secrets, qui n'attendent pour le poursuivre que l'arrivée d'un Végan désireux de visiter les ruines pittoresques de la Terre… Et si le destin de notre planète reposait sur ses épaules ?

Analyse : Toi l'immortel est un ouvrage très séduisant pour plusieurs raisons, mais c'est véritablement son style qui le met hors du lot. Zelazny met tout son talent au service de l'intrigue et parvient à faire de son héros, Nomikos, un nouveau demi-dieu grec tout à fait crédible. Les personnages sont présentés tels des acteurs d'un mythe, car c'est bien ce qu'est Toi l'immortel, une légende moderne qui reprend des thèmes plusieurs fois millénaires, mais avec une telle intelligence que le lecteur se laisse conduire avec plaisir.
Toi l'immortel fait partie de ces livres qu'on regrette de terminer et qu'on relit avec bonheur.


1967
Révolte sur la Lune
Robert HEINLEIN

Synopsis : ce livre est l'histoire d'une Révolution, celle de la Lune qui se rebelle en 2075 contre l'autorité despotique de la Terre. C'est aussi l'histoire d'hommes et de femmes qui se révèlent dans l'adversité, qui se hissent hors de la norme afin de gagner leur liberté. C'est enfin l'histoire d'un ordinateur doté d'une conscience qui prend fait et cause pour ses amis révolutionnaires et qui en paiera le prix.

Analyse : Révolte sur la Lune est encore une pierre jetée dans le jardin de ceux qui considèrent Heinlein comme un réactionnaire viscéral. Ce livre est un véritable petit guide en dix leçons de la Révolution et de la subversion. On assiste dans ce livre à une Révolte magnifiquement orchestrée et pensée qui évoque la Révolution russe de 1917. D'ailleurs, Heinlein parsème son œuvre de références à la Russie : les " Loonies " s'appellent Camarades, Tovaritch, usent d'idiomes russes… et boivent de la vodka !
En réalité, Révolte sur la Lune est une ode à la liberté, Heinlein rejette toute forme de coercition plus ou moins légale utilisée par les Etats afin de se défendre. De nouveau, il manifeste son caractère libertaire, qui frôle une certaine forme d'anarchisme.
Le livre est écrit dans un style très particulier, une espèce d'argot qui permet de bien camper les " Loonies ". Il nous décrit les actions de personnages attachants et vivants. La société est originale, avec polyandrie et un système de valeurs assez différent du nôtre tout en restant crédible.
Révolte sur la Lune est bien une œuvre exceptionnelle, une des plus belles réussites de Heinlein avec En Terre étrangère, imprégnée d'humanisme et de passion, et qui reste d'une modernité extraordinaire. Et n'oubliez pas… Vive la Lune Libre !


1968
Seigneur de Lumière
Roger ZELAZNY

Synopsis : l'Etoile de l'Inde, un vaisseau spatial, a permis de coloniser cette planète qui ressemble tant à la Terre. Mais l'équipage, loin de vouloir établir une démocratie, utilise la science très avancée à sa disposition pour se doter de pouvoirs extraordinaires et incarner véritablement les Dieux du panthéon hindou. Ainsi, cette planète, une nouvelle Inde, est dominée par ces créatures qui ont pour nom Brahma, Vichnou, Siva… Mais Sam, en vérité Mahasamatman ou Bouddha l'Eveillé, décide de mener la lutte contre cette déicratie qui maintient la population à dessein dans des ténèbres obscurantistes. La guerre est engagée et n'épargnera ni dieux, ni hommes…

Analyse : c'est un livre étrange, qui baigne dans un mysticisme hindou que Zelazny a su utiliser à merveille. L'environnement est dépaysant, le récit parcoure une Inde à la fois nouvelle et étrangère mais en même tant extrêmement semblable à celle de notre Terre. Zelazny ne tombe pas dans le piège consistant à donner de pseudo explications scientifiques afin de justifier les pouvoirs dont jouissent les " Dieux ". Cela reste mystérieux et c'est mieux ainsi. Les thèmes favoris de Zelazny sont là : l'immortalité, la divinité, le héros qui veut tel Prométhée rendre sa liberté à l'humanité en lui apportant la connaissance, le tout étant parfaitement utilisé et mis en valeur par une écriture très riche et volontiers épique.
Seigneur de lumière est une livre déroutant au premier abord, mais qui est captivant dès que l'on a réussi à s'immerger dans son atmosphère unique. Une curiosité…


1969
Tous à Zanzibar
John BRUNNER

Synopsis : 2010 : l'humanité est partout, grouillante. La surpopulation a atteint un seuil critique. Des législations eugéniques imposées par la loi forcent la population à restreindre sa procréation, ce qui crée des tensions insupportables. La société sombre dans le chaos, inexorablement. Les émeutes sont fréquentes, la drogue monnaie courante. Les amocheurs, ces gens qui ne supportent plus la tension ambiante, commettent des massacres presque journaliers… Peu de personnes parviennent à garder une vision claire de la situation, tels que Chad Mulligan, un sociologue subversif, ou Norman House, qui parviendront peut-être à faire émerger de ce chaos un nouveau projet de société.

Analyse : ce livre est assez particulier. L'écriture de Brunner n'est pas très agréable : bien souvent déstructurée, rapide, hachée. John Brunner n'a mis que 6 mois pour écrire cet énorme pavé de 700 pages. Du coup, le style est original, mais indigeste à lire.
Le projet est ambitieux, et l'intrigue se situe en divers lieux du globe. On passe du Yatakang, une Indonésie technologiquement avancée, aux rives du Béninia, petit pays d'Afrique où la violence est inconnue, en passant évidemment par le chaos américain. De nombreux thèmes sont abordés : eugénisme, contrôle des naissances, influence des médias, surpopulation, violence…
La seconde partie du livre est plus intéressante que la première, assez rebutante.
Il faut voir Tous à Zanzibar pour ce qu'il est : un livre expérimental, qui parvient à faire des prédictions plus ou moins juste sur la société du futur. L'aspect esthétique est laissé de côté, au profit d'une réflexion très riche. Il m'a laissé toutefois un sentiment mitigé, mais c'est peut-être dû à la traduction, qui utilise un langage très marqué par l'époque de mai 68.


1970
La Main Gauche de la Nuit
Ursula LE GUIN

Synopsis : pour Genly Ai, émissaire pacifique de l'Ekumen, cette entité politique humaine interstellaire, la tâche s'annonce difficile. Il doit en effet convaincre le peuple de Gethen de rejoindre l'humanité, tout en renonçant à leurs petites querelles intestines afin de regarder enfin vers le ciel et l'espace. Mais sur cette planète appelée aussi Hiver par ses découvreurs, il y neige sans cesse, les gens sont différents du reste des hommes et il leur faudra plus que les paroles de Ai pour se laisser convaincre.

Critique : La Main gauche de la Nuit est tout à la fois un roman " xénoethnologique ", un récit d'aventure, un parcours initiatique, et plus encore que tout cela. Avec un talent certain, Le Guin nous invite à découvrir ces humains de Gethen, à la fois si proches et si différents de nous. La sexualité joue un rôle déterminant. Les Getheniens sont androgynes, leur caractère sexuel étant déterminé par les phases de " Kemmer ", c'est-à-dire trois jours par mois durant lesquels ils sont sexuellement actifs. Un Gethenien peut donc être tour à tour mâle ou femelle, ce qui les rend étranges aux yeux d'observateurs étrangers, tels que Ai ou nous-mêmes. Du coup, tout le dualisme qui marque tant notre société disparaît et laisse émerger une structure sociale différente mais très crédible. Tout cet aspect est passionnant à découvrir.
L'autre facette de ce livre est dominée par les conditions atmosphériques de Gethen. Trop éloignée de son soleil, le temps y est hostile. Mais l'humanité s'est adaptée et les Getheniens prospèrent même. Mais pour Ai, la compréhension véritable de Gethen passera par un combat avec son climat, surtout au cours d'une traversée épique d'un glacier, couvrant près du tiers du livre ! Là encore, Le Guin nous plonge merveilleusement au cœur de Gethen.
La Main Gauche de la Nuit est donc un excellent ouvrage, bien pensé et construit, une totale réussite.

1971
L'Anneau-monde
Larry NIVEN

Synopsis : Louis Wu, casse-cou et explorateur notoire, veut fêter dignement ses 200 ans. Mais la vie l'ennuie. C'est pour cela qu'il saute sur l'occasion quand un extra-terrestre, un Marionnettiste dont la race pacifique est bien connue des hommes, lui propose de partir à la découverte d'une station en forme d'anneau, un artefact gigantesque et extraordinaire, des millions de fois plus vaste que la Terre. Cet Anneau-monde, abandonné, recèle bien des mystères qu'il devra percer à jour avec l'aide d'un homme-tigre et de Teela Brown, choisie pour la chance surnaturelle dont elle semble jouir.

Analyse : le livre est bien mené, les personnages sont assez intéressants, surtout cet homme-tigre dont la race a tellement souffert face à l'humanité qu'elle en vient à croire que son dieu est en fait un homme. La découverte de la station est bien menée…Mais… Mais tout cela manque cruellement d'humanité. On a du mal à s'attacher aux personnages. Niven semble aussi parfois s'ennuyer de sa station décidément trop vide et développe des parties de l'intrigue complètement étrangères à l'Anneau-monde. S'impliquer dans l'histoire devient alors problématique.
Au final, l'Anneau-monde se révèle avare de révélations et une déception, même si le livre est agréable à lire.


1972
Le Monde du Fleuve
Philip José FARMER

Synopsis : sur les rives d'un fleuve immense et mystérieux, l'humanité toute entière se réveille, nue et glabre, étonnée de se voir revenue d'entre les morts. Pour les uns, c'est le paradis, la preuve que Dieu existe. Pour les autres, dont Richard Francis Burton, explorateur intrépide et insatiable du 19ème siècle, ce nouveau monde doit être exploré et expliqué. Commence alors la quête de Burton qui a juré de trouver la source de ce fleuve qui abreuve 40 milliards d'êtres humains ressuscités. Mais bientôt, le paradis devient vite un enfer quand l'homme redevient homme, et Burton devra surmonter bien des obstacles afin d'apercevoir enfin son Graal…

Analyse : Le Monde du Fleuve se lit comme un livre de Jules Verne des temps modernes. On a l'impression de parcourir l'Île Mystérieuse en admirant la débrouillardise de Burton et de ses compagnons et en assistant à la renaissance de la civilisation, coûte que coûte, et même dans un environnement inconnu. On croise des personnages historiques, dont l'infâme Goering n'est pas des moindres. C'est un récit d'aventures très distrayant, qui constitue le premier opus d'une série, baptisée le Fleuve de l'Eternité, composée de 5 tomes. La question du pourquoi et du comment, abordée dans le Monde du Fleuve, reste néanmoins suffisamment mystérieuse pour que l'on ait envie de poursuivre la saga sans être trop frustré. De plus, le potentiel de ce monde où se côtoient toutes les célébrités historiques est intéressant et original. Une réussite distrayante de Farmer.


1973
Les Dieux eux-mêmes
Isaac ASIMOV

Synopsis : la Pompe à électron : une invention merveilleuse du docteur Hallam qui peut enfin fournir à l'humanité une énergie illimitée sans contrainte ni conséquence. Est-ce si sûr ? Pour certains, tels les docteurs Lamont et Denison, l'humanité a été le jouet de ce peuple habitant une dimension parallèle à la nôtre et qui nous a donné les plans de la Pompe. Certes, l'échange se fait dans les deux sens et semble bénéfique pour les deux peuples qui ne peuvent de toute façon communiquer que de façon très malhabile. Mais le prix de cette énergie sera-t-il la destruction de notre univers ?

Analyse : Les Dieux eux-mêmes est un livre extrêmement intéressant. Divisé en trois parties animées par des protagonistes différents, il parvient à nous intéresser continuellement, tout en donnant des points de vue complètement nouveaux dans chaque passage.
On débute le livre de façon assez classique en compagnie de Peter Lamont, scientifique amer et marginalisé car il a mis en doute Hallam et sa Pompe. La véritable innovation arrive dans la seconde partie, durant laquelle Asimov présente l'univers parallèle, avec sa société, ses coutumes, ses habitants si particuliers. Il faut un certain temps d'adaptation avant de tout comprendre, mais une fois que c'est le cas, on prend un plaisir immense à découvrir cette culture si étrangère et si habilement construite par Asimov. C'est sans doute l'une des tentatives les plus brillantes pour présenter de façon passionnante une civilisation tout à fait étrangère à la nôtre, avec sa logique propres et ses rites sociaux, ses tabous.
La dernière partie se déroule sur la Lune, et explore une colonie humaine de 10 000 habitants, se sentant déjà plus luniens que terriens… A l'instar d'Heinlein dans Révolte sur la Lune mais avec moins de détails , il présente rapidement l'adaptation social et biologique de l'homme à l'environnement hostile de notre satellite.
L'essai est brillant et conclue un ouvrage qui est magnifiquement travaillé. Une très belle réussite d'Isaac Asimov, à découvrir absolument.


1974
Rendez-vous avec Rama
Arthur C. CLARCKE

Synopsis : Année 2130. Le Spaceguard détecte l'arrivée dans notre système solaire d'un nouvel objet stellaire, baptisé Rama. Mais bien vite, l'humanité doit se rendre à l'évidence. Rama est un gigantesque vaisseau spatial, long de plus de 50 km, un émissaire d'une race extra-terrestre inconnue. Le commandant Norton est désigné pour aller à la rencontre de l'objet, qui ne donne pas signe de vie. Une fois à bord, Norton découvrira un véritable monde exotique, totalement étranger à l'humanité.

Analyse : Rendez-vous avec Rama est un livre qui mise tout sur une technique littéraire bien connue des auteurs de SF dure, la Hard SF, qui cherche avant tout à conserver dans le récit une cohérence scientifique. Cette technique est le sens du merveilleux, traduction maladroite du terme anglo-saxon " Sense of Wonder ", c'est-à-dire l'émerveillement du lecteur devant la description rigoureuse et scientifique d'un phénomène tellement grandiose qu'il en est transcendé. L'exploration de ce monde désert qu'est Rama obéit à ce principe. Clarke fait preuve de beaucoup de rigueur mais parvient à restituer avec talent l'extraordinaire exotisme de Rama, dont l'atmosphère oscille entre le tombeau et la cathédrale.
Ce livre est bien fait, les personnages sont intéressants mais tout cela laisse un goût d'inachevé. Trop de questions restent sans réponse pour un roman autonome. Il faut sans doute se tourner vers les autres romans de la série mais il est dommage que Clarke n'est pu conclure Rendez-vous avec Rama sur une note plus satisfaisante.


1975
Les dépossédés
Ursula LE GUIN

Synopsis : Urras et Anarres, deux planètes jumelles, deux planètes qui s'ignorent. Et pour cause ! Les habitants utopistes d'Anarres sont les descendants de révolutionnaires anarchistes qui ont fui le monde ultra capitaliste d'Urras. Depuis deux cents ans, les deux sociétés se sont rejetées mutuellement, souvent avec mépris.
Pourtant, Shevek, physicien d'Anarres génial, capable de donner enfin à l'humanité le voyage spatial instantané, est fasciné par cette sœur jumelle maudite. Gêné par ses collègues mesquins et jaloux, il décide de se rendre sur Urras afin de finaliser sa théorie. Mais l'arrivée de l'anarchiste utopiste aura des répercussions bien plus importantes qu'il ne s'y attend…

Analyse : Les dépossédés est un livre de science-fiction remarquable à tout point de vue. Le Guin nous a habitué à ces ouvrages où se mêlent intelligemment réflexions sur l'Autre et une histoire bien construite. Sa description de la société anarchiste d'Anarres est d'une rigueur rare, résultat d'une réflexion intense qui permet à Le Guin d'être totalement crédible. C'est un aspect qui fait honneur à la SF, genre littéraire qui doit réfléchir sur le devenir de l'homme et de sa société. Loin d'être une simple distraction, Les dépossédés nous force à penser notre propre modèle sociétal et à le comparer à ces deux sociétés antagonistes, Anarres l'anarchiste et Urras la capitaliste, très proche de nous.
La construction du récit est elle aussi très intéressante : l'histoire se déroule sur deux niveaux. D'une part, l'arrivée de Shevek sur Urras et les luttes de pouvoir qui en résultent. D'autre part, en parallèle, une série de flash-back qui nous permettent de découvrir Shevek, cet homme extraordinaire, tout à la fois sensible et parfaitement étranger, oppressé par sa société mais incapable de vivre loin d'elle. Les deux niveaux de récits se rejoignent tout naturellement à la fin de l'ouvrage et témoignent de la grande habileté de Le Guin qui nous livre avec Les dépossédés un chef-d'œuvre intellectuel passionnant.


1976
La guerre éternelle
Joe HALDEMAN

Synopsis : 1997, la Terre en pleine expansion spatiale rencontre ses premiers extra-terrestres, les Taurans. Une rencontre amicale ? Non, évidemment, et bientôt le gouvernement unifié de la Terre recrute l'élite estudiantine du monde afin de former un corps d'élite chargé d'assurer la victoire de notre monde. William Mandella fait partie de ce contingent. Il sera formé par l'armée et envoyé au combat. Mais il ne sait pas encore qu'il va mener une guerre éternelle…

Analyse : Il se dégage de ce livre un charme désuet. Il est fortement marqué par son époque et Haldeman parle de thèmes comme l'amour libre ou la drogue avec une liberté qui n'existe plus aujourd'hui, dans nos sociétés plus puritaines.
Beaucoup ont vu dans La guerre éternelle une allégorie du Viêt-nam. Il est vrai que les ressemblances sont frappantes : La guerre éternelle est un conflit de raids, dont on ne voit pas l'issue contre des adversaires insaisissables. On se demande alors si ce que l'on fait a vraiment de l'importance. Le moral est un problème fondamental. Le retour des vétérans dans une société qui leur est devenue étrangère est aussi une problématique directement issu du conflit vietnamien. Mais La guerre éternelle contient des réflexions plus universelles, qui peuvent s'appliquer à tous conflits dans lequel prennent part des êtres humains.
Une réussite intéressante de Haldeman, à redécouvrir aujourd'hui sans a-priori.


1977
Hier, les oiseaux
Kate WILHELM

Synopsis : la situation mondiale va de mal en pis : bientôt la civilisation s'écroulera sous les coups de la pollution, de la surpopulation et de la récession. Pour les Sumner, une riche famille virginienne, il est temps de se préparer à survivre en autarcie au fond de leur vallée. Mais les radiations rendent les humains stériles. La seule solution afin de perpétuer l'espèce semble le clonage. Mais peut-on jouer avec les gênes sans en payer le prix à un moment ou un autre ?

Analyse : centré autour de trois personnages différents, Hier, les oiseaux pose une question éthique fondamentale : des êtres humains clonés sont-ils encore des êtres à part entière ? Pour Kate Wilhelm, la réponse est négative. Le clonage massif conduirait à une déshumanisation de l'individu, à la disparition de son libre arbitre et de sa créativité. Par là même, la communauté qui se perpétue grâce au clonage finira fatalement par mourir de part l'arrivée de générations de clones de moins en moins capables de faire face aux problèmes toujours renouvelés que pose la vie.
Hier, les oiseaux, bien avant Dolly, s'interroge donc déjà sur le bien fondé du clonage, ce qui en fait un ouvrage précurseur. Malheureusement, l'histoire en elle même s'efface derrière cette thématique et le livre manque parfois d'un peu d'humanité.
A découvrir quand même par curiosité.


1978
La Grande Porte.
Frédéric POHL

Synopsis : La Grande Porte? Un astéroïde percé de toute part par les Heechees, des extra-terrestres mystérieux qui ont disparu depuis déjà un million d'années. Mais ils ont laissé à l'humanité leurs vaisseaux, encore en état de marche. La Grande Porte en abrite un millier, prêts à partir, en pilote automatique, vers des destinations inconnues. Ce sera la richesse ou la mort pour les milliers de Terriens, dont Robinette Broadhead, qui affluent afin de tenter leur chance…

Analyse : La Grande Porte, c'est le Klondyke du futur, une Nouvelle Frontière vers laquelle convergent les aventuriers casse-cou. L'histoire en elle-même est bien construite. On suit le parcours de Rob Broadhead, heureux gagnant à la loterie qui en profite pour aller tenter sa chance sur la Grande Porte. Le récit est double. On le découvre au début du roman, de retour de la Grande Porte, richissime mais torturé par des souvenirs horribles : il va donc consulter Sigfrid Von Shrink, ordinateur psychanalyste qui tente de le soulager en le faisant parler et se remémorer ce qu'il a vécu sur la Grande Porte et lors de ses trois voyages. Le procédé est intelligemment mis en œuvre et très intéressant, car il permet de donner de la profondeur psychologique à Broadhead, héros malgré lui, tourmenté par ses peurs et ses angoisses. Certes, pour devenir riche, il suffit de partir à l'aventure à l'intérieur du vaisseau Heechee, mais beaucoup ne reviennent pas. Encore faut-il avoir le courage de partir, c'est bien le problème de Broadhead…
La Grande Porte est donc un bon roman d'évasion, avec un peu de psychologie, ce qui donne un résultat très divertissant.
Il est à noter que ce livre constitue le premier opus d'une série consacrée à la Grande Porte et aux Heechees.


1979
Le Serpent du rêve
Vonda McINTYRE

Synopsis : la Terre après une catastrophe nucléaire. La société s'est reconstruite et l'humanité survit tant bien que mal dans une écosphère tourmentée. Dans ce chaos, des guérisseurs parcourent le pays et soignent les malades grâce à leurs serpents génétiquement modifiés, dont le venin devient le plus puissant des remèdes. Mais pour Serpent, une jeune guérisseuse prometteuse, ce sacerdoce devient un cauchemar quand son serpent du rêve, qui efface la douleur, se fait tuer par des villageois effrayés. Traumatisée, elle devra partir en quête d'un autre serpent du rêve, sans se douter que les embûches qui l'attendent la changeront pour toujours…

Analyse : Le Serpent du rêve est un texte d'une grande sensibilité, un des " beaux " textes de la littérature de science-fiction, genre traditionnellement dominé par la guerre et la brutalité. Rien de tel dans ce roman. Nous suivons le parcours de Serpent, une guérisseuse attachante qui est torturée par ses échecs dont elle n'est pourtant pas responsable. Elle n'utilise pour se défendre que sa volonté indomptable et les paroles. On est loin de la figure machiste de Lara Croft ! L'utilisation de serpents afin de guérir les malades est une très bonne idée de McIntyre. C'est un renvoi au symbole du caducée, dont les deux serpents entrelacés sont un symbole de résurrection et de guérison. On est bien loin de la vision chrétienne du serpent maléfique.
Les personnages féminins de ce roman sont les figures fortes. Les hommes apparaissent le plus souvent fantasques et dominés par leurs passions. On sent le féminisme de Vonda McIntyre sans que cela soit outrancier. Le tout demeure subtil et nuancé.
Le Serpent du rêve mérite donc l'attention, de part son caractère inhabituel et quasi poétique.


1980
Les fontaines du paradis.
Arthur C. CLARCKE

Synopsis : La conquête de l'espace, le rêve de l'humanité, a atteint une impasse. Pour Vannegar Morgan, un ingénieur ambitieux qui a déjà bâti un pont enjambant le détroit de Gibraltar, la solution est simple : il faut relier la Terre à l'espace au moyen d'un ascenseur gigantesque mesurant plus de 35 000 km de haut ! Un tel projet présente évidemment des difficultés énormes, d'autant que le seul lieu propice à la construction de ce monument est situé sur la Montagne Sacrée de Sri Kanda, farouchement protégée par des moines bouddhistes. Mais Morgan n'est pas homme à céder si facilement, dut-il le payer de sa vie…

Analyse : Arthur C. Clarke nous offre avec Les fontaines du paradis un passionnant récit de SF " scientifique ", sans concession, comme à son habitude. L'idée de cet ascenseur monumentale est bien documentée, et tient la route. Les deux aspects principaux, d'abord l'opposition des moines puis la construction mouvementée de l'ascenseur, sont bien menés et tiennent en haleine, jusqu'à l'épilogue teinté de mélancolie.
En revanche, le personnage principal, Morgan, n'est guère attachant. C'est un monomanique, prêt à tout afin de mener à bien sa réalisation.
Mais l'intérêt du livre est ailleurs et satisfera tous les amateurs de SF dite " dure ".


1981
La Reine des Neiges.
Joan D. VINGE

Synopsis : Tiamat, une planète divisée. Le territoire appelé Eté, car il y fait beau, est peuplé par des gens rudes et proches de la mer. L'Hiver par contre est en contact avec la civilisation d'outre-espace, l'Hégémonie, qui apporte progrès et merveilles technologiques. Hiver est gouverné par Arienrhod, la Reine des Neiges, une femme d'une extrême intelligence mais sans scrupule. Elle règne sans partage depuis bientôt 150 ans, grâce à l'Eau de Vie, en réalité l'essence vitale de créatures pacifiques et sans défense, massacrées sans pitié.
Mais le climat périodiquement change sur Tiamat, et bientôt l'Eté va submerger l'Hiver. La Reine sera alors symboliquement sacrifiée afin de sanctifier ce renouveau. Mais Arienrhod ne se résout pas à cette capitulation et recourt au clonage afin de perpétuer son règne. Moon, sa fille et son double élevée en Eté, ne se doute pas du destin exceptionnel qui l'attend…

Analyse : Difficile de résumer l'intrigue de ce roman d'une grande profusion, avec beaucoup de bonnes idées mais parfois un peu confus et verbeux. Il est en rupture avec les romans précédents de par sa taille même, près de 600 pages. Il annonce les années 80 et 90, et un allongement des œuvres, ce qui n'est pas forcément une bonne chose.
Cela dit, La Reine des Neiges se lit avec plaisir. Les personnages présentés sont nombreux et assez attachants. Leurs motivations sont cohérentes et le récit est complexe à souhait, avec intrigues et rebondissements.
Un livre intéressant, à condition de se laisser entraîner par le récit, qui démarre lentement. Mais passé cet écueil, on prendra beaucoup de plaisir à suivre Moon dans sa quête mystérieuse, à la recherche de son grand amour, Sparks.


1982
Forteresse des Etoiles
C.J. CHERRYH

Synopsis : pour la station spatiale de Pell, le temps de la tranquillité et de la prospérité touche à sa fin. La guerre entre les flottes de l'Union et de la Terre a rejoint ce havre de paix sans ménagement. Des milliers de réfugiés envahissent la station, menaçant son fragile équilibre. Pour la famille Konstantin, qui dirige Pell depuis des générations, l'heure est grave : la survie est en jeu non seulement de leur station mais aussi des Downers, ces créatures autochtones douces et innocentes de la planète autour de laquelle Pell est en orbite, un jeu dangereux et brutal qui ne peut finir que de façon funeste…

Analyse : Forteresse des Etoiles, malgré son titre aguicheur (une mauvaise traduction du titre anglais Downbelow station) est un excellent roman de science-fiction, qui se déroule dans l'univers futuriste favori de Cherryh. Cela dit, ce roman est tout à fait autonome et s'apprécie même sans rien connaître a-priori de cet univers.
Le point fort de Forteresse des Etoiles réside dans la multiplicité des personnages, dont la psychologie est la plupart du temps cohérente et intéressante, et souvent très humaine. De ce fait, les personnages sont attachants et on suit leur destin avec angoisse au fur et à mesure que le désastre annoncé prend de l'ampleur.
Justement, l'intrigue est l'autre point fort du livre. Elle est complexe à souhait avec une trame générale (la station survivra-t-elle à la guerre ?) qui est accompagnée d'une série d'intrigues secondaires fort bien menées. Forteresse des Etoiles est un de ces rares livres dont on ne connaisse pas exactement la fin en commençant la lecture. Les rebondissements se succèdent jusqu'aux dernières pages.
Le style est rapide et nerveux, même si l'auteur n'évite pas toujours le bavardage inutile.
Forteresse des Etoiles est donc une belle réussite, doublée d'une dimension d'humanité que l'on trouve rarement dans la science-fiction.


1983
Fondation foudroyée
Isaac ASIMOV

Synopsis : le plan du psychohistorien Hari Seldon semble se dérouler à la perfection. Alors que le grand Empire galactique s'est écroulé depuis 500 ans déjà, la Première Fondation, prospère et technologiquement très avancée, semble bien établie et prête à relever le flambeau bien avant les prédictions de Seldon. Mais tout cela n'est-il pas trop parfait ? Pour Golan Trevize, jeune membre du Conseil de la Première Fondation, celle-ci est manipulée par l'extérieur, et il entend bien prouver, coûte que coûte, que la Deuxième Fondation tire encore les ficelles dans l'ombre. A moins que cela ne soit encore un péril inconnu bien plus grand qui pourrait fort bien signifier la fin des Fondations…

Analyse : l'action de Fondation foudroyée se situe après la première trilogie. Malgré cela, le livre est suffisamment clair pour que l'on puisse l'apprécier à sa juste valeur sans avoir lu le reste. Or, Fondation foudroyée est une œuvre très agréable, bien écrite et dont l'intrigue, complexe, joue avec les concepts de manipulations de l'esprit et de suggestions diverses. En fin de compte, on se demande qui manipule qui dans ce jeu subtil dont Golan Trevize est le principal enjeu. C'est un vrai délice pour l'esprit. Les personnages sont assez typés et attachants.
La dernière partie tend à s'essouffler et la conclusion est un cran en dessous par rapport au haut niveau de l'intrigue qui parcoure le roman mais cela ne le gâche en rien.
Fondation foudroyée parvient non seulement à captiver l'intention du lecteur mais réussit à donner l'envie de lire le reste de la série ce qui est la preuve de sa grande qualité.


1984
Marée stellaire
David BRIN

Synopsis : le vaisseau d'exploration terrien "Streaker", par pur hasard, découvre dans les confins de l'espace une flotte abandonnée depuis 2 milliards d'années. Serait-ce les mythiques Progéniteurs, redoutés et adorés par les nombreuses races étranges et fanatiques qui peuplent l'univers ? En tout cas, cette découverte provoque la convoitise de différentes flottes d'E.T. rivaux qui comptent bien extirper leurs secrets à l'équipage d'humains et de néo-dauphins, créatures intelligentes génétiquement modifiées. Bien vite, le "Streaker", endommagé, se réfugie sur Kithrup, une planète aquatique qui recèle décidément bien des mystères…

Critique : Marée stellaire est une œuvre plaisante, mais d'accès un peu difficile, tellement les éléments qu'il faut tenir pour " acquis " sont déconcertants. On y découvre des dauphins intelligents, pilotant un vaisseau spatial rempli d'eau et accompagnés d'hommes certes, mais aussi d'un néo-chimpanzé, savant planétologue dont l'espèce est elle aussi issue de manipulations génétiques. Ajouter à cela quelques races extra-terrestres déroutantes et belliqueuses, et vous comprendrez pourquoi il faut un léger temps d'adaptation avant de vraiment plonger dans l'œuvre de Brin !
Mais une fois que cet effort est effectué, on découvre avec bonheur une intrigue très riche, écrite dans un style recherché, qui mêle à la fois ethnologie, éthologie et xénobiologie, sans que cela ne devienne démonstratif. Les personnages principaux et secondaires sont complexes et cohérents, et traversent le roman telle une quête initiatique. Brin exige beaucoup de ses personnages, qui n'en sortent d'ailleurs pas indemnes. Ajoutez à cela une bataille spatiale épique qui fait plus penser à Verdun qu'à la Guerre des Etoiles et l'on comprend pourquoi cette œuvre a reçu le Hugo 1984.
En revanche, Marée stellaire souffre parfois d'une certaine confusion dans l'action, d'autant que les protagonistes sont nombreux, ce qui ne facilite rien.
Mais le sentiment que laisse ce livre est très positif et incite à la lecture des autres romans se situant dans le même univers, notamment Elévation et Rédemption.


1985
Neuromancien.
William GIBSON

Synopsis : Case, ancien pirate informatique d'élite à la dérive, survit dans un Japon futuriste et dégradé, ses implants nerveux indispensables détruits par un virus. Mais un nouvel employeur apparaît et lui promet la guérison en échange d'une mission dont il est fort probable que Case ne ressorte pas indemne : pirater une Intelligence Artificielle. Suicidaire ? Peut-être pas pour le meilleur des pirates de sa génération...

Critique : Neuromancien est une œuvre fondatrice, profondément originale mais d'un accès difficile. Le caractère fondateur de ce livre est évident. Il est l'initiateur du mouvement Cyberpunk qui a fait tant d'émules aussi bien en SF (Bruce Stirling et les autres) qu'au cinéma. Le film de Ridley Scott, Blade Runner, s'inspire manifestement de cette iconographie décadente et japonisante, ce qui résulte en une ambiance glauque extraordinaire. On peut même affirmer que notre vision actuelle de l'Internet, qui n'existait alors que sous une forme embryonnaire, a été modelée par Gibson. Pirates informatiques, la Matrice, virus tueurs, ICE, tout est là et d'une actualité encore brûlante. Le livre n'a pas pris une ride, et semble encore aujourd'hui pertinent.
En revanche, le style est difficile d'accès, parfois à peine compréhensible et demande une attention de tous les instants. De plus, l'action est à certains moments confuse. Mais Neuromancien mérite une lecture attentive en tant que grand précurseur qui ne doit pas avoir honte de ses 20 ans…


1986
La Stratégie Ender
Orson Scott CARD

Synopsis : la Terre est menacée par une race extra-terrestre mystérieuse qui semble bien résolue à nous exterminer. Mais l'humanité ne veut pas disparaître si facilement et pour se défendre, elle recrute de tout jeunes enfants afin de les former à l'art militaire.
Ender, petit garçon de 6 ans à peine doté d'une prodigieuse intelligence, est le dernier espoir des terriens. Mais réussira-t-il à survivre ne serait-ce qu'à l'entraînement extrême dont il fait l'objet, et qui doivent révéler en lui le génie d'un Alexandre le Grand ou d'un Napoléon ?

Analyse : La Stratégie Ender est l'un des livres de SF les plus extraordinaires jamais écrit. Il se lit, se dévore comme dans un rêve et l'on referme ses pages avec regrets…
Sur un postulat surprenant (des enfants entraînés dès 6 ans à faire la guerre), Card construit une œuvre originale toute en finesse, et donne au héros, Ender, une profondeur psychologique hors du commun.
L'intrigue est passionnante et le dénouement surprenant. L'écriture est agréable et fluide.
La Stratégie Ender est en tout point une réussite majeure et se place très haut dans le panthéon de la Science-Fiction, à côté de Dune ou de Révolte sur la Lune.


1987
La Voix des Morts
Orson Scott CARD

Synopsis : Ender le Xénocide n'en finit pas d'errer de planète en planète, accablé par la destruction de ces extra-terrestres qui finalement n'étaient pas si différents de nous. Il est devenu la Voix des Morts, discernant après la mort la véritable nature du défunt, apportant réconfort et vérité sur son chemin.
Et justement, la planète Lusitania demande sa venue. Cette planète est la seule où les humains côtoient des êtres intelligents autochtones, ressemblant étrangement à des cochons. La coexistence est pacifique jusqu'au jour où un scientifique qui les observe se fait tuer rituellement. Ender se fera la Voix de sa mort et trouvera peut-être sur Lusitania les moyens de sa Rédemption.

Analyse : La Voix des Morts est radicalement différent de La Stratégie Ender. Si le second mettait l'accent sur l'action et la guerre, le premier est au contraire centré sur les notions de guérison et de rédemption des êtres, mis à mal par les événements. Card met l'accent sur la psychologie des personnages et parvient une nouvelle fois à exceller. On ne peut qu'être ému par tous ces personnages broyés par le destin et qui, malgré tout, font leur possible pour s'en sortir. Ender lui même prend de la profondeur par rapport au premier opus et apparaît comme une figure salvatrice, un Christ qui apporte sur son passage douleur mais aussi vérité et espoir.
Une nouvelle fois Orson Scott Card présente de façon passionnante la Xénoethnologie de ces êtres porcins qui ont l'air si semblable à nous, mais qui sont en réalité bien étrangers.
L'auteur est tout en finesse et en subtilité, et l'on est sans doute en présence d'un livre de SF parmi les plus intelligents.


1988
Elévation
David BRIN

Synopsis : alors que toutes les races " astro-pérégrines " fanatiques sont à la recherche du vaisseau terrien "Streaker" (voir Marée stellaire), les Gubrus, grands volatiles dotés de sapience, décident d'occuper la modeste colonie d'hommes et de néo-chimpanzés installée sur la planète Garth. Mais que cherchent véritablement les Gubrus sur cette planète à l'écologie agonisante ? Des otages, certes mais pas seulement… Garth abriterait selon les légendes une race éveillée, prête à être initiée à l'intelligence au plus grand profit des envahisseurs Gubrus évidemment…
Mais ils sous-estiment la population terrienne de Garth et sa volonté de résister à cet ennemi qui se croit tout puissant. Bientôt, la résistance s'organise mais cette armée de fortune parviendra-t-elle à refouler des Gubrus dont la puissance est écrasante ?

Critique : Elévation se situe dans l'univers riche et passionnant construit par David Brin, peuplé de créatures extra-terrestres étranges et inquiétantes. A l'instar de Marée stellaire, Elévation est écrit dans un style recherché, voire raffiné particulièrement agréable. Certes, l'œuvre est de poids, près de 900 pages, mais il se lit bien. Elévation aurait gagné à être amputé de quelques chapitres qui n'apportent pas grand chose à l'intrigue et qui diluent le fil du récit. Cela ne gâche heureusement pas le plaisir de côtoyer toute une galerie de personnages pittoresques avec lesquels s'instaure une véritable complicité au cours de la lecture.
L'intrigue est intéressante, complexe et doublée d'une véritable réflexion sur la nécessaire protection du vivant et du milieu, porteur de possibilités et de richesse biologique. Les Terriens et les Extra-terrestres de David Brin sont plus écologistes les uns que les autres, et même aux pires heures des combats, pensent à préserver l'environnement. Nous ferions bien de méditer cette morale et l'on ne peut que constater que la SF de cet auteur remplit son rôle éthique à merveille, sans pour autant être démonstrative ou ennuyeuse.
Une œuvre humaniste à découvrir absolument !


1989
Cyteen
C.J. CHERRYH

Synopsis : Ariane Emory dirige l'Union des mondes de l'Espace Profond par son habileté manœuvrière, alliant une efficacité redoutable à une brutalité raffinée. Car Ariane n'est pas seulement une politicienne redoutée, elle est aussi la plus grande des scientifiques de Cyteen, dirigeant les laboratoires de Reseune, spécialisés dans la production d'êtres humains spécifiques, les Azis, des travailleurs et des soldats conditionnés et possédés par les citoyens de l'Union. Mais la mort guette cette femme dont les projets s'étendent sur plusieurs siècles. Pour les mener à bien, il faudra d'abord qu'elle parvienne à acquérir l'immortalité, une certaine forme tout du moins…

Analyse : Cyteen est une œuvre imposante (près de 1140 pages) dont on ne vient pas à bout facilement. Peu de choses facilitent la lecture. Le fil du récit est décousu, l'intrigue est peu intéressante et l'auteur se perd dans des digressions sans fin, quand il ne s'agit pas de péripéties dont on ne comprend rien, et surtout pas la finalité. C'est d'autant plus surprenant de la part de Cherryh qui avait su si bien faire monter en intensité dramatique le récit de Forteresse des Etoiles.
La première partie de Cyteen est un préambule pénible qui s'étale sur plus de 500 pages quasiment inutiles. Franchi ce cap (si l'on y parvient courageusement), la deuxième partie du récit se révèle un peu plus intéressante mais finalement guère. De plus, les personnages manquent de profondeur, de réalisme et de cohérence dans leurs actions.
Au total, on s'ennuie ferme en lisant Cyteen, une œuvre bavarde dont on est bien content de venir à bout.
A ne lire qu'en cas d'absolue nécessité…


1990
Hypérion
Dan SIMMONS

Synopsis : dans un lointain futur, l'humanité orpheline de la Terre s'est répandue dans tout l'univers. Une entité politique puissante, l'Hégémonie, préside à sa destinée. Mais les dangers menacent le Reik humain : les Extros, ces humains qui ont décidé voilà bien des siècles de vivre dans l'espace profond, en marge des systèmes habités, et qui sont devenus les " barbares des temps modernes ", ont décidé d'envahir l'Hégémonie et d'abord Hypérion.
Hypérion, planète mystérieuse, qui abrite les Tombeaux du temps qui dérivent de l'avenir vers le passé, et surtout le Gritche, divinité monstrueuse et meurtrière, et beaucoup trop réelle… Surtout que l'Eglise gritchèque a décidé d'organiser un pèlerinage de 7 individus très différents les uns des autres, afin qu'ils puissent faire exaucer un vœu par le Gritche.
Mais le pèlerinage est long et chaque pèlerin, tour à tour, racontera son histoire afin de peut-être comprendre le but de tout ceci. Et si de leur pèlerinage dépendait la survie toute entière de l'humanité ?

Analyse : difficile de résumer en quelques lignes la trame de ce roman dont la richesse le fait se situer dans la droite ligne des meilleurs romans " univers ", tels que Dune de Frank Herbert.
En tout cas, Hypérion est une œuvre puissante, une totale réussite dans le genre. L'univers construit est passionnant, tout y est : politique, religion… Rien n'est laissé de côté par Simmons qui excelle dans cet exercice.
Mais Hypérion est aussi un recueil de nouvelles, très différentes les unes des autres, qui se rejoignent et s'imbriquent dans l'univers global.
Le style est soigné et poétique. Simmons a un sens aiguë de l'image, et il décrit avec maestria des scènes qui resteront à jamais gravées dans l'imagination du lecteur.
Hypérion est donc un de ces rares chefs-d'œuvre véritables de la science-fiction, une œuvre exceptionnelle à lire et relire avec passion.


1993
Un feu sur l'abîme
Vernor VINGE

Synopsis : une expédition humaine découvre, lors de l'exploration des confins de la galaxie, des archives d'une civilisation disparue depuis des millions d'années. Cette chance inouïe devrait donner aux Homo Sapiens, qui ne sont finalement qu'une race intelligente parmi des milliers d'autres dans cette galaxie surpeuplée, des avantages substantiels. Mais les archives sont un piège mortel, qui réveille une Perversion surpuissante, une terrible Intelligence Artificielle dont le but ultime est de dominer l'univers, quitte à le détruire. Quelques humains arrivent à s'enfuir avec à leur bord peut-être le seul moyen de la stopper, mais bientôt leur vaisseau spatial se retrouve naufragé sur une planète isolée et étrange, peuplée d'êtres étranges à la mentalité médiévale qui ne se doutent pas que la tranquillité de leur monde touche à sa fin…

Analyse : Un feu sur l'abîme est, à l'image des livres de David Brin (cf Marée stellaire), une œuvre dans laquelle il est difficile de s'immerger facilement. L'environnement étrange demande une période d'apprentissage non négligeable, d'autant que l'histoire se divise en deux parties fort différentes qui finissent par s'unir mais uniquement vers la fin.
D'un côté, une partie se déroule dans un cadre aisément reconnaissable de SF traditionnelle, avec son lot d'espèces E-T pittoresques, ses vaisseaux fabuleux et son hyper-technicité. Tout cela manque d'originalité.
De l'autre, la plongée dans un monde médiévale peuplé par des créatures étonnantes, à la fois une et plurielles : leur conscience individuelle habitent plusieurs corps qui forment ainsi une meute, un être unique mais qui dirige tous ses membres. C'est sans doute la partie de l'histoire qu'il est le plus difficile à concevoir et l'on se demande au début où veut en venir l'auteur. Mais finalement, une fois l'effort de compréhension effectué, c'est aussi la grande richesse de ce livre, sa dimension exotique et xénoethnologique.
L'intensité de l'intrigue monte en puissance tout le long du fil du récit et l'on finit par dévorer Un feu sur l'abîme qui se révèle bien meilleur que le début ne le laisse supposer.
Si l'on ajoute à cela une galerie de personnages attachants pour certains, détestables comme il se doit pour d'autres, ce livre est une excellente lecture, qui n'a pas l'étincelle de génie d'un Hypérion ou d'un Dune, mais dotée d'une grande richesse qui mérite largement une lecture attentive.


1993
Le Grand Livre
Connie WILLIS

Synopsis : dans un futur pas si éloigné que cela, les hommes ont découvert le moyen d'envoyer des historiens dans le passé afin d'étudier les grands événements. Et justement, Kivrin Engle, jeune et brillante étudiante, décide de se transposer en 1320 afin de s'immerger dans les us et coutumes de cette société médiévale qu'elle adore. Mais son directeur d'études, Gilchrist est inquiet : cette époque recèle bien des dangers pour une jeune femme seule et sans défense. Et pas forcément les dangers auxquels Kivrin est préparée…

Analyse : le Grand Livre est une œuvre assez agréable, qui se lit facilement, et qui nous replonge, avec assez de talent, au cœur de la société médiévale du 14ème siècle. Récit ethnographique, presque, la minutie de Willis rend le résultat saisissant.
Malgré tout, on ne se trouve pas en présence d'un " grand " Prix Hugo. Le livre manque d'ampleur et de créativité. L'intrigue est prévisible et il y a des longueurs dans ce livre de taille (près de 700 pages). Le dernier tiers est le plus intéressant et émouvant.
Si la lecture est agréable, on reste donc nettement sur sa faim. A découvrir si l'on est intéressé par le thème ou faute d'une lecture plus intéressante…


1994
Mars la verte
Kim Stanley ROBINSON

Synopsis : l'humanité a déjà depuis longtemps franchi le pas et s'est installée sur la mythique planète rouge, Mars. Une génération a passé depuis que les premiers colons, les Cents, ont atterri sur le sol martien (cf Mars la rouge). La terraformation n'en ait encore qu'à ses débuts, contrôlée par les gigantesques métacorporations qui songent à faire de Mars leur refuge en cas de troubles sérieux sur la Terre. Mais les autochtones ne l'entendent pas de cette oreille et bientôt, la résistance s'organise. La première Révolution de 2061 a échoué ? Qu'à cela ne tienne, il y en aura d'autres !

Analyse : Attention, Mars la verte est un livre de science-fiction dite " dure ", c'est-à-dire que l'auteur ne fait aucune concession à la rigueur scientifique du récit. C'est une approche assumée qui plaît ou non. Il est vrai que certains passages sont assez austères, et difficilement compréhensibles à moins d'avoir un diplôme en biologie ou en minéralogie appliquée, voire en physique nucléaire… En revanche, on a vraiment l'impression d'assister à la colonisation possible de Mars. Le processus décrit est d'une grande cohérence et d'un extrême intérêt pour peu que l'on soit intéressé par l'aventure spatiale.
Mais Mars la verte n'est pas qu'un long exposé scientifique, c'est aussi l'histoire de la prise de conscience par les colons de leur identité propre, de leur désir d'indépendance et logiquement d'une révolution, menée principalement par les Cents. Robinson les décrit d'ailleurs avec beaucoup d'humanité. Ses personnages sont attachants et assez complexes.
Au final, Mars la verte est une œuvre ambitieuse, mais qui souffre parfois de longueurs. Il est néanmoins passionnant à lire, si l'on fait un peu d'effort pour rentrer dans le fil du récit.
Par ailleurs, il est tout à fait compréhensible sans qu'il ait eu besoin de lire Mars la rouge.


1996
L'âge de diamant
Neal STEPHENSON

Synopsis : au 21ème siècle, le monde ancien a explosé dans le chaos et la guerre. Des ruines de ce monde ont surgi de nouvelles forces politiques, les tribus, dont celle des Néo-Victoriens n'est pas la moins puissante. Et justement, John Percival Hackworth, un brillant nanotechnicien, a créé pour la fille d'un puissant de cette tribu un merveilleux livre magique, un artefact interactif qui permettra à la jeune fille auquel il est destiné de penser par elle-même, qualité peu répandue en ce monde.
Mais qu'arriverait-il si ce livre tombait entre les mains d'une jeune fille déshéritée se nommant Nell ?

Analyse : l'âge de diamant est un livre assez curieux, qui ne manque pas de charme : Stephenson mélange avec délice deux éléments bien connus : d'une part, la structure victorienne de la société rappelle la SF dite " Steampunk " mais dans le futur, avec son lot de gentlemen très " british ", sa structure sociale alambiquée et quelque peu coincée.
De l'autre, le serpent de mer de la SF, c'est-à-dire la nanotechnologie dont l'utilisation est poussée à son paroxysme. Toute la société décrite dans le livre repose sur cette technologie qui penche franchement vers le merveilleux.
Le résultat donne un ouvrage au commencement très lent (il faut quand même une centaine de pages pour que le récit trouve son rythme), à l'intrigue complexe et parfois incertaine, voire confuse, mais à l'atmosphère attachante.
L'âge de diamant est donc à découvrir avec curiosité, tout en pardonnant à l'auteur les errements de son récit parfois incompréhensible.


1997
Mars la bleue
Kim Stanley ROBINSON

Synopsis : la révolution s'est achevée avec succès. Profitant du chaos sur la Terre lié à la Grande Inondation, les Martiens ont pris en main leur destin et chassé les méta-nationales de leur planète. Que faire maintenant ? Construire un Etat bien sûr, mais quel sera-t-il ? Les tensions éclatent entre les Rouges, qui souhaitent conserver Mars intacte, et les Verts, qui veulent la terraformation de la Planète Rouge. La guerre civile fait rage, mais elle ne durera pas. Après viendra le temps de la reconstruction et de l'expansion, pourquoi pas vers d'autres planètes ?

Analyse :Mars la bleue est un grand prix Hugo, un de ces livres rares qui conduit le lecteur à s'interroger et à réfléchir sur lui-même et la société qui l'entoure.
Car Mars la bleue aborde tous les sujets : écologiques, politiques, moraux et même la question de la mort, et toujours sous un angle d'une extrême intelligence et d'une grande finesse.
Certes, le livre a ses défauts : il est long et Robinson, parfois, traîne en longueur. Certains passages scientifiques sont trop académiques et démonstratifs, et son écriture est quelque peu difficile à suivre.
Mais si l'on fait l'effort de dépasser ces écueils, on découvre un livre qui est parmi les plus grands prix Hugo jamais écrits, à côté de Dune et d'Un cantique pour Leibowitz, une œuvre qui force le respect de part son humanisme et son intelligence.


1998
La paix éternelle
Joe HALDEMAN

Synopsis : 2043 : la guerre fait rage entre les rebelles Ngumi, qui rassemblent de part le monde tous les mécontents et les dépossédés, et l'Alliance, dominée par les Etats-Unis et les pays occidentaux. Mais est-ce vraiment une guerre ? Face à des guérilleros désespérés mais fanatiques se déploient les armées de l'Alliance, composés des " Soldierboys ", des robots de combat contrôlé à distance par des pilotes humains. Julian Class est l'un d'entre eux, et il doit subir 10 jours par mois l'enfer d'être relié intimement à sa machine qui sème mort et désolation. Mais il découvre bientôt que l'avancée technologique de l'humanité pourrait bien la conduire à sa perte et à sa destruction totale…

Critique : le retour de Haldeman sur le devant de la scène SF est un événement. Malheureusement, La paix éternelle est un ouvrage décevant.
Il a certes de grandes qualités : il est concis et bien écrit, on sent le métier de Haldeman. Les personnages sont assez attachants. La première partie du livre, consacrée aux Soldierboys, est intéressante. On se retrouve avec la même atmosphère que dans la guerre éternelle.
Hélas, bien vite, Haldeman évacue cet aspect en le remplaçant par une intrigue plus oiseuse, mêlant fin du monde et Rédemption mondiale en un joyeux melting-pot quelque peu ennuyeux et guère crédible.
Bref, on aurait pu s'attendre à mieux de la part de Haldeman, et ce prix Hugo sent le succès d'estime. La paix éternelle se lit donc rapidement, et il ne vous laissera certainement pas un souvenir éternel…